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Couper ou entailler la forêt publique ?

·5 min read

Milan — La tension monte entre les secteurs du bois et du sirop d’érable. À qui et comment la société québécoise doit-elle prêter sa forêt ? Pour le président de l’Ordre des ingénieurs forestiers du Québec, François Laliberté, la discussion récemment enclenchée s’impose.

« Les deux sont des activités importantes de notre patrimoine forestier collectif et les deux ont un fort potentiel de développement, analyse-t-il. Dans les deux cas, on en voudrait plus. Mais la forêt est limitée. On est condamnés à faire des compromis de part et d’autre, parce qu’on veut quand même une diversité d’activités. Il faut également comprendre que ces deux activités-là ne sont pas totalement incompatibles, mais l’une a un impact sur l’autre. »

Par exemple, le bois provenant d’un érable entaillé perd de la valeur. « À l’inverse, lorsqu’on fait de la récolte de bois, même des coupes partielles, momentanément, on perd un certain nombre d’entailles », dit-il, précisant que surtout les arbres en fin de vie sont ciblés par les ingénieurs forestiers.

Actuellement, 18 % des érablières du Québec se retrouvent en terre publiques. Inquiets de voir le potentiel acéricole exclu de la nouvelle Statégie nationale de production de bois, dévoilée en décembre par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) et qui vise à doubler les coupes forestières d’ici 2080, les Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ) réclament une mise en suspens des chantiers en terre publique tant qu’ils ne seront pas rassurés.

En réponse à cette fameuse stratégie, les PPAQ ont d’ailleurs publié leur propre plan pour l’avenir, qui implique168 M d’entailles en 2080 afin de répondre à la demande croissante de sirop d’érable sur le marché mondial. Ce sont donc 120 M d’entailles qui devront être ajoutées, dont 36 M en terres publiques.

« Une bonne partie des grandes érablières sont situées sur des terres publiques, et elles doivent pouvoir grandir, explique Philippe Breton, directeur des ventes chez Érablière Lapierre et administrateur pour l’International Maple Syrup Institute. Ce qui se fait actuellement par le Ministère, c’est de l’aménagement qui est à très, très long terme, alors qu’on pourrait exploiter la forêt publique à court terme en acériculture beaucoup plus facilement et de manière plus rentable. Quand le Ministère fait un plan de doubler la production de bois d’ici 2080, bien nous, ce qu’on voit, c’est doubler le nombre d’érables à entailler potentiellement qui seront coupés. »

Couper, c’est régénérer

M. Laliberté ne peut pas se prononcer sur la compatibilité des ambitions de chaque côté, mais souligne que l’objectif de production de bois ne sera atteint que si on double la productivité des forêts québécoises.

« Dans les érablières, c’est de faire des bons travaux de jardinage qui vont favoriser la régénération et la croissance de façon optimale. On peut comprendre que d’ici 2080, on a le temps de faire une ou deux rotations de cycle de jardinage, et le potentiel sera quand même bon à la fin. Il ne faudrait peut-être pas non plus se priver d’aller chercher une ou deux rotations de bois en attendant qu’elles soient entaillées. Mais il faut savoir quand ça risque d’être entaillé. Ça prend un plan des deux côtés. La stratégie vient de sortir et les plans ne sont pas terminés, mais c’est le bon moment pour se poser la question avec les érablières », avance-t-il, rappelant que le gouvernement décide des coupes, tandis que les PPAQ décident des entailles.

Cependant, l’ingénieur admet que les coupes de jardinage acérico-forestier, qui privent les érablières d’entailles à court terme, pourraient être revues. « Ça coûte cher de faire une intervention comme ça dans une érablière. Est-ce qu’on pourrait travailler ça autrement ? La réflexion pourrait se faire. Il faudrait réviser certaines choses, comme les engagements ou les attributions de bois. Ça fait partie des compromis. »

De son côté, le MFFP assure que le dialogue se poursuit avec les PPAQ et que « la Stratégie nationale de production de bois n’est pas en contradiction avec le développement de l’acériculture ».

Son porte-parole, Sylvain Carrier, ajoute que le Ministère consulte actuellement les TGIRT sur des zones où les activités acéricoles seraient priorisées. « À la suite de cette étape de consultation, le MFFP officialisera des superficies de potentiels acéricoles à prioriser dans l’ensemble des régions où les PPAQ émettront de nouveaux contingents de production acéricole dans les années à venir. »

L’Estrie a du mal à s’entendre

La coordinatrice de la Table de gestion intégrée des ressources naturelles et du territoire de l’Estrie, Manon Ayotte, se montre inquiète pour la concertation du milieu depuis le début des querelles entourant l’acériculture et la foresterie. Les dernières réunions de la table on fait l’objet d’attaques personnelles et de propos disgracieux, à un point où certains membres ont choisi de ne pas y assister, rapporte-t-elle.

« Ça fragilise vraiment l’esprit de collaboration. On a déjà vu des belles choses et des revirements de situations qui ont fait qu’on a trouvé des solutions, mais là, je suis inquiète », dit-elle.

Actuellement, le potentiel acéricole en terres publiques estriennes est d’environ 11 800 hectares. On y retrouve 74 permis acéricoles, détenus par 57 personnes ou entreprises. « Pour l’instant, ce qui a été proposé, c’est un partage 50-50. La moitié de la superficie est vouée au développement acéricole, et la moitié voué à l’aménagement forestier. C’est possible que pour les acériculteurs, ce ne soit pas assez, comme pour ceux qui utilisent la ressource du bois qui ont aussi ce sentiment-là. »

Jasmine Rondeau, Initiative de journalisme local, La Tribune